Si tu cherches la lumière, Petit Scarabée, il te faudra trouver l'interrupteur...

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Textes en vrac

Texte de: Gérard Di Cicco , instit laïc à ST-Etienne
S J U R I R E 1

Personnages : deux profs de collège
Décor : Salle des profs

- Tu comprends, ce n’était plus possible. Je ne pouvais plus.
- Je te comprends. Pareil pour moi, remarque. Toutes ces marques étalées, là. En gros, en plus. Au cas où on les aurait pas vues.
- Cà, on peut pas les manquer. En plus, je revenais juste du rassemblement du Larzac. Débats, colloques, échanges. J’étais à une table ronde sur les Ricains et le commerce équitable. Qu’est-ce qu’on leur a mis, aux Yankees !
- Et tu as vu ce reportage sur les gamins qui fabriquent ces godasses et les gamines qui cousent les survêts ? Payés une misère. Honteux !
- Quand tu vois le prix qu’ils les revendent, ici !
- Tout ce business, ces marques, c’est... c’est indécent !
- Alors, j’ai craqué. Je pouvais plus. Surtout l’autre, le grand là, avec toute la panoplie. La totale : la casquette, le tee-shirt, le pantalon, les lunettes... Un vrai homme-sandwich. Et arrogant, en plus.
- Ah ça, ils se cachent pas. Il faut qu’on les voit, les logos. Au cas où personne n’aurait rien remarqué ...
- Moi, j’ai pas pu. Pourquoi je pourrais, d’ailleurs ? Avec mes idées,tu comprends...et tout ce que je fais. Je l’ai exclu de la classe, avec un mot.
- Tu as bien fait .
- Sur le carnet, j’ai mis comme motif : signes ostentatoires d’exploitation capitaliste.
- Super. Ça, c’est envoyé ! Au moins, ça a le mérite d’être clair. Je crois que je vais faire pareil moi aussi, la prochaine fois. J’en ai repéré un, là, l’autre jour... Je vais me le faire.


S J U R I R E 2

- Samira, tu veux quoi, comme voile ? Rouge, jaune, ou sans rien du tout ?
- Ch'ais pas. Je savais pas qu'on pouvait choisir.
- Bon, en tous cas, décide-toi. Je nous vois mal sortir sans voile !
- Ch'ais pas. J'hésite encore...
- Eh les filles ! On va pas y passer des heures. Vous choisissez votre voile et on y va. Vous gréez votre planche comme je vous l'ai appris ce matin. Vous m'enlevez tee-shirt, pantalon, veste qui vous gêneraient dans l'eau. Les lunettes de soleil et les chaussures idem. Ensuite, vous installez votre mât, et on me suit. Pas question par contre d'aller loin aujourd'hui. Vous allez déjà apprendre à grimper sur votre planche, à garder votre équilibre et à prendre le vent.
- M’sieur, après, quand on saura faire, comment on saura si on va trop loin ?
- C'est simple Djamila. Le rivage deviendra trop lointain et tu commenceras à avoir peur. Tu n'auras plus qu'une seule envie, rejoindre la terre ferme. En réalité, tu ne dépasses pas les bouées bleu-blanc-rouge, et tout ira bien.
- Ouaiiiis ! Super ! On met les voiles
- Vive la liberté !


S J U R I R E 3

Personnages : deux profs de collège
Décor : Salle des profs

- Moi, c’est pas difficile, je leur fais faire le calcul . Exercice appliqué de géométrie: longueur et largeur du foulard ou du fichu. Calcul de l’aire. Si ça dépasse 1225 cm2 : renvoyée ! Pas plus difficile que ça !
- Moi, je vais te dire : J’ai plus simple. Il faut TOUT interdire : plus de boucles, plus de bagues, plus de bracelets ni de colliers ni de pendentifs ou de chaînes. Dehors les broches. Interdit le maquillage. Pas de rouge aux ongles, ni aucune autre couleur d’ailleurs. Enlevés tous les piercings. Plus rien de rien sur la tête, autour du cou, des poignets, des chevilles ou ailleurs. Rien dans les cheveux non plus, au cas où...Fini le gel avec des coiffures pas possible. Plus aucune teinture pour les cheveux : ni bleue, ni rose, ni orange, ni fluo. Rien. On n’est pas dans un cirque, non ? Fin des tresses, des dreds, des choucroutes et toutes ces excentricités capillaires incroyables. Plus de parfum, non plus, ça incommode. Plus de nombrils à l’air, décolletés ouverts, pantalons sur les chevilles ou en bas des hanches. Pas de tons vifs non plus : que des pastels ou des teintes classiques, passe-partout. Ça va avec tout, le classique, non ? Et puis cheveux courts pour les garçons, en brosse, ça leur va bien, ça fait plus viril, tout de même, non ? Plus homme ! Et pour les filles, coupe au carré, un joli carré, bien net, pas trop court mais pas trop long. Tu as vu, moi, ça me va bien, non ? Et c’est plus féminin, non, tu ne trouves pas ? Classique, quoi ! Inspection à l’entrée de la classe. T’es pas conforme ? Tu viens pas dans mon cours ! Non mais des fois...

S J U R I R E 4

- Alors, t'es allé bouffé chez les parents de ta fiancée ?
- Ouais, dimanche dernier.
- Raconte !
- Ben, je m'attendais pas vraiment à ça, tu vois. Bon, au début, normal. Je gare la Béhème au bas de l'immeuble. Illico, tous les gamins rappliquent. Avec Malika, on grimpe les escaliers. L'ascenseur était en panne. Au quatrième étage, on enjambe comme on peut des jeunes assis dans les escaliers. Enfin, on arrive chez ses parents. Alors là, bises à sa mère et à ses deux sœurs, et puis une bonne poignée de main à ses trois frères et à son père. Bon, on s'installe. Tu vois un peu le décor, avec des rideaux dorés, des théières tarabiscotées sur le buffet, des photos encadrées aux murs. Et alors le couscous, excellent ! Franchement Jean-Édouard, tu devrais essayer ! Alors après on discute, tout ça, et je demande à son père pourquoi il n'y a pas de portrait de Mohammed VI, puisque toute la famille est marocaine. Alors là, il me répond qu'il ne mettra jamais chez lui la photo d'un roi qui possède la moitié d'un pays et où on interdit les journaux qui ne sont pas dans la ligne. Et il commence à me parler de socialisme, de réformes agraires, tout ça, de colonialisme rampant, de la CIA. Mais c’est surtout ses frères qui ont parlé de la CIA. Au café, tout le monde s'est mis à se foutre des islamistes. En fait, tu le crois pas, toute la famille est communiste. C'est dingue ! Malika m'avait pas parlé de ça... Tu sais comme je l'aime. Mais entre mon père abonné au Figaro dans son manoir en Dordogne et ma mère qui milite à fond contre l'avortement... Purée ! C'est sûr qu'ils vont tous se foutre sur la gueule au mariage...


S J U R I R E 5

Personnages : deux profs de collège
Décor : Salle des profs


- Non mais, tu te rends compte : elle me regarde droit dans les yeux et elle me dit tout à trac , comme ça, devant toute la classe : eh ben ! vous avez qu’à pas regarder !
- Ce culot ! Surtout que celle-là, je l’avais repérée, déjà : tu ne peux pas ignorer qu’elle en a un de string, ça non...
- Et le haut ? Tu aurais vu le haut...Il y a des limites à la transparence, tout de même, non ?
- Que veux-tu : elles font comme ce qu’elles voient à la télé. Elles veulent toutes s’habiller comme ça, maintenant.
- Des bimbos, je te dis, des lolitas. À treize ans, elles veulent toutes jouer les Madonna.
- Qu’est-ce que tu as fait, alors ?
- J’ai mis un mot sur le carnet, et renvoi du cours.
- Et tu as mis quoi, comme motif ?
- Oh pas, dur, la vérité, juste la vérité : ce que j’avais sous les yeux : exclusion pour signes sexuels ostentatoires.
- Là, tu as entièrement raison. Un peu de tenue, tout de même, non ?
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Commentaire de:
Marcel
Je vois qu'une solution contre les signes sexuels ostentatoires et les signes ostentatoires d’exploitation capitaliste (et accessoirement la planche à voile aussi, ah non merde c'est pas ça), le retour à l'uniforme.
Ca va surement faire plaisir à Lilsarah, plus de bandana
PS: pfiou, heureusement que je me suis barré de là-bas il y a longtemps
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Commentaire de:
Marcel
C'est quoi l'adresse du blog au monsieur ? C'est Top Secret ?
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Commentaire de:
bonbonze
J'ai récupéré les textes sur une réponse de blog, pas sur le blog du monsieur...
Je précise quand même que je les ai publiés avec son autorisation.
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Commentaire de:
God is dead
C'est mimi à en pleurer,délicieux comme une image pieuse et moralisateur à en vomir.Maupassant ou es tu ?
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Commentaire de:
BlakSun
je me suis régalé superbe ses textes !

@+
BkS.
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Commentaire de:
barbie

Ben dis donc, on s'ennuie pas chez les nains à bouc ou collier de chez Algoflash!

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