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Berthe à l'hôpital

LilasPoint - 09 Mar 2016

Berthe à l’horizontale sur un lit d’hôpital, ça évoque irrésistiblement une baleine échouée sur le sable : la bosse des pieds haute comme la nageoire caudale dudit cétacé, l’abdomen comme l’Everest, surmonté d’une tête minuscule en comparaison, mais néanmoins dotée d’une imposante bouche. Grande bouche qui éructe un torrent puissant et continu de jactance propre à terrasser la chétive infirmière debout à son chevet.

- T’ espères me recoller ce genre de rustine qui me donne de l’urticaire ? J’en veux pas de ton pansement bordel, j’ai la peau délicate, figure-toi, zyeute comme elle est rouge et asphyxiée. Faut qu’elle respire, sinon comment tu croillerais (croirais, Note De La Rédaction) qu’elle va cicatriser ? Pis la gaze ça me démange, j’veux des mouchoirs en vrai tissu, pis si y’en a pas icite ben y’a qu’à déchirer un bout de drap comme y savaient faire du temps de la guerre, sans blague, on croillerait que l’Histoire, avec une grande hache, icite vous z’y connaissez que pouic.

- Soyez raisonnable, Madame Berthe, réplique l’infirmière, laquelle imagine avec un brin d’inquiétude l’ensemble du linge de lit réduit en menue charpie.

- Aux gogues les sparadraps ! claironne Berthe. Pareil que ces drogues qu’on espère me faire avaler et que je sais même pas c’qui y’a dedans, et que j’exigue (j’exige, NDLR) qu’on m’explique les effets secondaires. Tiens, hier soir j’ai même pas pu regarder la fin de Top Chef cause que je me suis endormie avant. La prochaine fois, avis : je recrache !

- Assez ! s’insurge l’infirmière. On essaie de vous soigner ici ! Soit vous prenez votre traitement, soit vous rentez chez vous à vos risques ! Et vu comment vous vous agitez, peut-être bien que vous êtes suffisamment en forme pour que je vous lâche, et croyez-moi ça me fera plaisir. Je vais chercher le médecin.

Comme dans un vaudeville bien rythmé, Béru et Toinet entrent au moment où l’infirmière sort.

- Ma Berthy, tu me manques si grand. Tu te remets ? commence Béru.

- Comment on se remettrait avec ces estrangers qui pensent qu’à faire des trous, piquer et t’attacher à des fils ? Ramène-moi vite à la maison, Alexandre, je dépéris, même que j’ai maigri tu trouves pas ?

Alexandre Bérurier, sentant qu’il est sur un terrain glissant, se contente de glisser à Berthe son regard d’huître amoureuse (n° 23 bis).

- Mais les choses sérieuses d’abord si tu permets, continue Berthe. Toinet, tu m’as amené de la lecture ?

- Voui Tatie, répond Toinet avec l’œil qui cligne. Tiens, je t’ai amené « Guerre et paix », un livre en cinq volumes. T’as quoi sous tes couvertures Tatie ? Une montgolfière ?

Berthe, qui n’a entendu que le début, se saisit du premier des imposants ouvrages, l’ouvre et en extirpe un saucisson.

- Aaah ! Merci mon minot ! C’est pas avec leur potage et leurs pommes cuites que je vais me refaire du bon raisin dans les veines. C’est triste pour les ceusses obligés de croupir icite sans personne. C’est quand même le principal de pouvoir compter sur la famille !

Post Scriptum : les personnages (Berthe, Alexandre Bérurier et Toinet sont empruntés aux livres de San-Antonio, alias Frédéric Dard). Comme mon texte finit ici, je les lui rends, il en fera peut-être encore de l’usage…


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bonbonze a écrit:

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charlesattend a écrit:
Je ne suis pas très San Antonio. C'est un hommage ?
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bonbonze a écrit:
C'est tout une époque...
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LilasPoint a écrit:
Oui, un hommage, et le reflet d'une situation vécue récemment - d'accord, j'ai un peu forcé le trait pour essayer de faire drôle...

J'ai lu à une époque quasi tous les San-Antonio, certains passages étaient hilarants, certains presque philosophiques. Et le langage fleuri du couple Bérurier (argot) est jubilatoire...
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marsupilamie a écrit:
J'ai dû tous les lire ! Jubilatoire ...ouais



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