Humour et dérision à tous les étages. Maison fondée au siècle dernier.

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L'année de la canicule
Cette année là, dès le début de l'été, la chaleur fut intense, très intense. Le thermomètre se fixa au-dessus de 38 et refusa obstinément de descendre pendant trois mois.

Et pendant que les ministres s'en foutaient, les hôpitaux se surchargeaient et les vieux mouraient. Il en mourait tant et tant qu'on ne savait plus ou les mettre. Une avalanche de vieux corps décharnés, secs et cassants, une marée de cadavres dont on ne savait quoi faire. Les morgues débordaient. On les couchait à trois dans le même tiroir à l'institut médico-légal en une parodie de partouzes post-mortem. Pour parer au plus pressé, on en mit un peu partout, dans des camions réfrigérés, dans les congélateurs des sociétés de vente de surgelés, On imagina même un moment de les expédier dans les glaciers à grands coups de Canadair en attendant de trouver un endroit plus approprié pour les ranger.

Certains se dévouaient pour hydrater les vieux à grand coup de seaux d'eau. (Quelques cas de décès imputables au tétanos induit par des seaux souillés et rouillés furent déclarés, mais il est plus probable que la maladresse des bonnes âmes, lâchant le seau en même temps que l'eau en soit la cause).
Les pompiers arrosaient préventivement les instituts gériatriques (nom politiquement correct des mouroirs). Bref, devant la morgue gouvernementale, qui emplissait la morgue médico-légale, la solidarité s'installait.

Le ministre de la santé, alerté du fait que s'il continuait à se contenter de donner des numéros verts en bras de chemise du fond de sa villégiature, allait perdre son maroquin (Non pas un esclave qui l'évente, son boulot) et les élections, se décida à déclencher le plan bleu, le plan blanc et le plan rouge pour faire bonne mesure et patriotique en diable.

Dans la cacophonie qui s'ensuivit, on perdit quelques centaines de cadavres. On eût beau les chercher partout, personne ne se souvînt ou on avait pu les stocker.
La canicule passa, comme à chaque fois, les médias focalisèrent sur d'autres sujets et on oublia.
N'empêche qu'on avait pas retrouvé les vieux.

Madame Sophie Fonsec n'oubliait pas. Elle avait perdu sa mère dans l'aventure. Elle l'avait laissé seule à la maison pendant les vacances. Son mari s'était montré intraitable, "Pas question d'emmener la vieille avec nous, elle radote, elle pue et faut s'occuper d'elle tout le temps. Je veux passer de vraies vacances, pas m'emmerder à torcher ta vieille !" Avait-il tonné. Elle avait cédé et ils avaient effectivement passé des vacances de rêve, au point qu'ils ne s'étaient pas inquiétés de ce que devenait Germaine, la mère de Sophie, coincée dans leur pavillon de banlieue.

Au retour, Germaine avait disparu. Des voisins leur expliquèrent d'un ton méprisant qu'elle était morte pendant la canicule et que les pompiers l'avaient emmenée. Mais la piste s'arrêtait là. Les pompiers ignoraient ou le corps avait été déposé. Ils étaient désolés, mais ils avaient été tellement débordés pendant cette période qu'ils n'avaient pas eu le temps de tout noter. Le tout, exprimé sur un ton de reproche qui en disait long sur ce qu'ils pensaient du couple Fonsec.
Les Fonsec organisèrent donc les obsèques et c'est un cercueil vide qui fut mis en terre.

Sophie Fonsec culpabilisait depuis. Elle ressassait sans arrêt ses idées noires en poussant son caddie dans le supermarché. Elle avait décidé, ce jour là, de faire une tête de veau pour faire plaisir à son mari. C'était son plat préféré. Elle se dirigea vers le rayon surgelé et plongea le bras au fond du bac pour prendre une tête de veau, les plus belles étaient toujours en dessous. Quand elle ressortit son bras du bac, elle tenait certes une tête, mais pas de veau. C'était la tête de Germaine, posé sur une barquette en polystyrène proprement emballé dans de la cellophane. Deux brins de persil dans les naseaux. Elle voulut hurler, mais par manque d'air, perdit conscience et se vautra dans son chariot qui partit en vrille dans la gondole pour exploser une pyramide de petits pois.

La commission d'enquête ne mit pas très longtemps pour découvrir que le supermarché employait des bouchers clandestins, d'une ethnie cannibale, qui avait transformé le stock de vieux en rôtis bardés et pot au feu goûteux, comme ils le pratiquaient couramment dans leur Papouasie natale.
Sophie Fonsec a été interné en hôpital psychiatrique. Son mari a demandé le divorce. Les bouchers clandestins ont été expulsés. Le patron du supermarché a écopé de trois mois avec sursis. Le ministre est toujours en activité. Le stock de viande a été écoulé discrètement et de l'avis des consommateurs, la viande était succulente.



Le bon bonze au caramel mou


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bonbonze à écrit:
Miam, miam
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marion à écrit:
je trouve degueulasse davoir fait ca!ils ont qu'à baisser le prix des maisons de retraite!et faire ce qu'ils ont fait à des personnes c'est horribles car même si ils sont morts c'est pas une raison!
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AFleurDePeau à écrit:
Oui, comme Marion je trouve ça dégueulasse de nous donner à manger de pauvres vieux! Eurkkk en + on sait pas si ça se digère bien... Je parie que c'est ça les plaques rouges que j'ai sur le corps en ce moment... allergie à la viande avariée...
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bonbonze à écrit:
Mangez du vieux C'est goûteux
Bouffez du croulant, c'est succulant
Baffrez de la vieille, c'est une merveille

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obsede-textuel à écrit:
J'avais déjà écrit, il y a un bon moment déjà, un "truc en vrac" (je crois que c'est le n°10) sur les vétérans (plan plan), mais comme c'est un peu le sujet ici, je replace un extrait (en fait, la fin) ici :
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Comme le dit le sage, les vieux, dès la naissance,
Il faudrait les tuer, c'est une sale engeance !
A part mon con de père qui n'a pas lu Plutarque,
Le seul que j'apprécie c'est un vieillard maniaque…
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chipie à écrit:
Marion a écrit : c'est dégueulasse ce qyu'ils ont fait. Mais là il y a amalgame. Les gens veulent que leurs petits vieux soient bien encadrés avec beaucoup de personnels, mais que ça ne coûte pas cher et s'ils doivent mettre la main à leur porte monnaie en peau de hérisson he bien finalement papy s'ra bien mieux chez lieu et tant pis (ou tant mieux ?!) s'il y a une canicule.

fo pas s'voiler la face .
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honey à écrit:
Beurkkkkk...le vieux, moi je vous le dis, c'est pas bon!

Je préfère croquer du jeune!

miammm
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anonymous (dégonflé !) à écrit:
Est-ce que "la tête de vieille" ça se prépare comma la tête de veau ?
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annie à écrit:
Non je ne suis pas dégonflée, j'ai juste oublié.
je recommance :
Est-ce que "la tête de vieille" ça se prépare comme la tête de veau ? Bon ben alors .....
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bonbonze à écrit:
Je ne sais pas, je ne consomme que du cuissot de gazelles
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anonymous (dégonflé !)[83.114.42.42] a écrit:
bonjour tu fait quopi pere noel

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bonbonze a écrit:
Va voir là : clique-ici
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charlesattend a écrit:
c'est "soleil vert " ton histoire..de toute facon, bouffer du vieux en steack, ou l'enterrer avant et bouffer des salades ou des bestioles qui ont bouffé l'herbe qui poussait sur les vieux, où est la différence ?
la différence, c'est qu'a paris, y a pas d'herbe par terre et que les vieux qui étaient seuls c'est parce que
-ils se sont fachés avec leur famille
-ils ont pas eu d'enfants parce que ca fout des vergetures et c'est chiant pour les vacances
Dans les deux cas , ils l'ont bien cherché
Le plus drôle, c'est que l'année d'apres , les consignes etant ce qu'elles sont mais que la meteo avait décidé "frisquet", les vieux sont mort d'hyper-hydratation parce qu'on les a fait trop boire

Et ça ,c'est pas bon pour la viande et les rognons
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EnnioNB a écrit:
C'est dans les vieilles peaux qu'on fait les meilleures confitures !
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charlesattend a écrit:
c'est plus pareil de nos jours, nan nan nan, MST nous l'a dit: tout est sous contrôle. Et vive Staline et la Pravda...



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