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Sur la plage, sous les galets
Les vagues approchent doucement le rivage, le lèchent un instant, puis refluent.
Allongé sur la plage de galets, je sens la bruine tomber doucement sur moi, le plus légèrement possible, comme si elle avait peur de me réveiller.
Mes doigts sont poisseux, ma tête me fait mal, mais curieusement, tout cela n'est plus très important.
Qu'est-ce que je fais là ? Les souvenirs s'accumulent dans ma tête, s'ajoutent comme une pile de papier. Et tout se mélange, et les images qui se succèdent (ou m'arrivent-elles en même temps ?) n'ont plus beaucoup de sens. Je me souviens juste de l'éclair dans le ciel, et puis cette course jusqu'à la jetée.
Le sang s'échappe à présent comme du sable sur mon ventre, et je sens qu'il n'y en a plus pour longtemps.
J'étais venu là chercher quelque chose, mais quoi ? Je me suis écroulé sur les galets, me cognant la tête par terre. J'ai senti la chaleur derrière mon crâne, la vie qui s'échappait d'une autre partie de mon corps, mais peu importait. J'avais beau serrer de toutes mes forces, mon ventre continuait de saigner.
Mes sens se diluent... Le cri des mouettes se fait distant, puis s'échappe avec l'horizon. Je ne distingue plus que quelques aplats bleus et blancs dans le lointain, et le silence dans mes oreilles, un silence qui sent l'eau salée, et le sable sur mes mains.
Une silhouette apparaît soudain au loin. C'est peut-être ça que je suis venu chercher ? Elle se penche sur moi, sur mon ventre, sur mes yeux gris.
"Tu n'as plus à avoir peur."
Je pars.




Je raccroche le téléphone, les mains moites.
Tout risque d'aller très vite, à présent, et je n'ai plus de temps à perdre.
En essuyant ma sueur sur mon pantalon, je file dans ma chambre pour me changer.
Une cravate, c'est la moindre des choses pour une occasion comme celle-ci.
Mon regard accroche mon image dans le miroir. Je suis mal rasé, et mes poches sous les yeux trahissent mon manque de sommeil. Je ne peux m'empêcher de sourire en repensant à tout ce qui s'est passé ces derniers jours ; c'est vrai que ça n'a pas été de tout repos.
Et puis mon sourire se fige en apercevant son message, tracé au rouge à lèvres dans un coin du miroir, comme dans les vieux films romantiques.
"Rendez-vous sur la plage"... J'ai du mal à comprendre. Pourquoi ne peut-elle pas venir ici ? Trop lourd de souvenirs, sans doute. Mais elle ne se rend pas compte à quel point elle complique tout...
Son portable ne répond pas, bien entendu. Je reste quelques secondes, le téléphone à bout de bras, ne sachant pas bien quoi faire, où aller.
Et puis je l'entends, une ombre qui glisse lentement derrière moi. J'ai à peine le temps de me retourner avant de voir le couteau briller dans sa main ; une douleur déchire mon ventre, et je dois me rattraper à la table pour ne pas tomber.
C'est cet homme aux yeux verts, là, devant moi... Je n'ai même pas l'occasion de me demander comment c'est possible. Il me sourit, essuyant doucement son couteau sur le revers de sa manche.
Alors, soudain, je sais quoi faire.
Je fonce.




A peine suis-je sorti de la douche que le téléphone sonne. C'est Julie.
Rien qu'à entendre le son chaud de sa voix à mon oreille, ça me fait tout drôle... En un éclair me revient tout un pan de ma vie, que je croyais avoir enterré à tout jamais. Cinq ans que j'avais cru pouvoir oublier, dont je ne parlais jamais aux autres, et surtout pas à Christine. Pas la peine de rendre les choses plus compliquées qu'elles ne le sont déjà.
Je me souviens aussi de ce matin de juin, il y a deux ans. Une lettre déposée sur le buffet, avec ces simples mots : "Je pars." Rien de plus ; mais il n'y avait rien d'autre à dire.
J'arrive à peine à bredouiller un "Tiens, salut Julie", alors que je suis en train de suer à grosses gouttes. Je ne sais pas trop pourquoi ça me met dans tout mes états, après tout, c'est fini tout ça, non... Non ?
- Bonjour Paul, me susurre-t-elle de cette inimitable voix douce et sucrée. Tu dois sûrement te demander pourquoi je t'appelle.
- Non, à vrai dire, je me demande surtout pourquoi tu ne l'as pas fait pendant deux ans.
Le coup a porté. On soupire à l'autre bout du fil.
- Ecoute, je ne crois pas que ce soit vraiment le moment de s'engueuler...
On va pas revenir là dessus, si ? ... J'ai besoin de te voir, Paul. C'est important.
Je n'ai pas du tout envie de la revoir. Ca ne servirait à rien de discuter du "bon vieux temps", ou de ce qu'on est devenus... A quoi bon rouvrir les blessures ?
Mais je n'ai jamais rien pu lui refuser.
J'accepte.




Le réveil s'allume, faisant retentir un vieux standard d'Elvis dans la chambre. Je m'empresse de jaillir hors du lit et de l'éteindre pour ne pas réveiller Christine, mais c'est peine perdue ; je l'entends gigoter et gémir, enfouie dans les draps.
Oublier d'éteindre le réveil tout à l'heure, ça, c'était vraiment l'idée du siècle. Ces quelques heures de sommeil m'ont fait plus de mal que de bien ; tout à l'heure, j'étais encore à peu près frais, et maintenant il va me falloir des dizaines de cafés pour me remettre sur pied.
Christine me rejoint dans la cuisine pendant que la cafetière chauffe. Elle a un peu plus fière allure, mais notre image de couple de l'année a pris un coup avec cette nuit trop courte. De toute façon, vu ce qu'il reste du couple...
- Alors, c'est décidé, hasardé-je.
- Ecoute, Paul, on va pas en reparler 36 fois... J'espérais que tu ne te réveilles pas, ça aurait rendu les choses plus faciles, mais puisque tu es là, aide-moi à finir mon sac.
Je ne discute pas. Plus vite elle sera partie, plus vite je pourrais sangloter sans avoir l'air stupide.

L'appartement me fait une drôle d'impression, maintenant que je suis seul dedans. Même si j'ai décidé de ne pas faire de sentimentalisme, je ne peux m'empêcher d'avoir le coeur qui se serre en repensant à notre rencontre sur la plage, et tout ces autres instants qui ressemblent à des photos... Une part de moi se dit qu'elle reviendra bientôt, mais il veut mieux ne pas y compter.
Je vais prendre une douche, tiens.




J'espère qu'elle dort. J'espère que j'ai bien éteint le réveil. J'espère que ce n'est pas la dernière nuit que nous passons ensemble.
Malgré toute la fatigue accumulée de ces deux derniers jours, je ne peux me résoudre à m'endormir. J'ai trop peur de retrouver le lit vide en ouvrant les yeux.
Sans trop savoir pourquoi, je repense à ce type qu'on a croisé au restaurant, avec ses yeux verts qui me mettaient mal à l'aise. Je ne sais pas pourquoi je tenais tant à l'amener au restaurant ; c'était vraiment une idée à la con. Oh, et puis au point où l'on en est… Tous les hommes dans ma situation doivent se dire la même chose. Si j'avais fait si… Si je n'avais pas dit ça… En fait, le pire dans tout ça est qu'elle m'aime toujours, je le sais. Et ça rend d'autant plus insupportable sa présence à mes côtés en ce moment même.
Je repense à cette plage à côté de chez nous, le pivot de tant de choses dans ma vie… Qui sait combien d'années se cachent sous ces galets ? Depuis mon enfance, j'ai pris l'habitude d'y emmener les filles, à la tombée de la nuit. Il n'y a pas plus romantique. Maintenant, je ne peux plus ; à chaque fois que je m'y promène, mes pensées m'entraînent vers Julie, c'est plus fort que moi. Si elle savait à quel point c'était ironique de me plaquer là-bas… Enfin, c'est de l'histoire ancienne tout ça, maintenant. Je ne sais pas ce qui me prend d'y penser, ça faisait des mois que ça ne m'avait pas traversé l'esprit. Bah, ça doit être la fatigue.
Je vais essayer de dormir un peu.



En sortant des toilettes, je bouscule un type aux yeux verts.
- Dis donc, connard, ça t'arrive de faire attention ou quoi ? Merde ! Faut que je te carre la tête dans une pissotière pour que tu comprennes ?
Il est là, tout rouge, à s'égosiller pendant que je bredouille des excuses.
Et puis, d'un seul coup, il s'arrête, comme frappé par la foudre.
- Oh dis, excuse-moi, je t'avais pas reconnu. Bon, à la prochaine...
Il a un petit sourire en disant ça qui ne me rassure pas du tout. Bon sang,
je l'ai déjà vu, mais où ça ? J'ai beau remuer ma mémoire, rien ne sort.
Je file retrouver Christine qui finit ses lasagnes. Elle ne me jette même pas un regard quand je me rassois. Mais qu'est-ce qu'il m'a pris de l'emmener au restaurant ? Je règle discrètement la note, puis me lève pour partir ; à ma grande surprise, elle me suit.
- De toute façon, les lasagnes sont dégueulasses. J'ai besoin de prendre l'air.
Elle surprend mon air ahuri et ajoute :
- Avec toi, mais pas pour toi. Tu comprends ?
On ne peut pas être plus clair. Nous sortons donc marcher un peu.
Une fois chez moi, j'essaye de ré-attaquer.
-Tu sais, Christine, je ne sais pas si...
Elle me stoppe d'un geste.
- Ce qui est fait est fait, on ne va pas revenir 36 fois dessus... Ecoute, c'est mieux qu'on se sépare. Si je reste avec toi, ça ne fera que compliquer les choses. Allez, bonne nuit.
Elle m'embrasse sur le front puis éteint la lumière. Je sens son coude frôler ma peau sous les draps, et ce sera le dernier contact que j'aurais jamais avec elle.



- Je t'amène au restaurant ce soir. Ne dis pas non.
Comme un idiot, je n'ai trouvé que ça pour désamorcer les emmerdes qui s'annoncent. C'est ta dernière chance, ce soir, mon vieux Paul. Si tu veux la garder, c'est maintenant où jamais.
J'essaye de passer à autre sujet, comme si de rien n'était.- J'ai vraiment eu une journée d'enfer aujourd'hui. J'ai encore du couper les allocations à un type... Il me regardait d'une manière, je te jure, on aurait dit qu'il allait me tuer.
- Je veux bien venir au resto, et passer la nuit ici. Mais ensuite, je m'en
vais.
Pas la peine de discuter. Quand elle est comme ça, je sais que rien ne peut la faire changer d'avis.

Pourtant, j'essaye encore à la faveur des rues étoilées.
- Tiens, si on allait sur la plage ? Tu te souviens, c'est là où...
- N'essaye pas de m'embobiner. On va au resto et c'est tout. Et je te préviens, je ne veux pas entendre parler de cette traînée.
Une traînée, elle y va fort, tout de même... Et me faire tout une histoire pour une petite secrétaire de rien du tout... Non, franchement, elle exagère. Même pas un merci pour le resto ! Décidément, je ne comprendrais jamais les femmes.
L'ambiance est glaciale autour de la table. En plus, les plats sont dégueu.
J'ai bien fait mon choix, tiens.
Dans un dernier élan, j'essaye de lui prendre la main.
- Christine...
Elle a un mouvement terrible en arrière, et renverse mon verre sur mon pantalon.
La soirée tombe à l'eau, c'est le cas de le dire. Je file aux toilettes.


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Spiouf à écrit:
Ovarb, el oduesp ed l'ruetua c' tse Bulgroz ?
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La chose morte à écrit:
WOW ! épatant !
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K. à écrit:
Bin euh... Merci...
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pouetpouetcamanber a écrit:
ok g ri1 compri mdr xD



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