хороший бонза из мягкой карамели!!

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Le chat du dimanche
Derrière le rideau de perles, les voix fusent. Elles se répercutent sur les casseroles en inox, résonnent sur le carrelage et sortent de la cuisine comme un orage. Il y a une voix grave qui tempête, qui semble répéter la même chose depuis tout à l'heure. L'autre est plus douce, essaye de calmer les choses ; et puis parfois elle s'emporte, elle monte dans les aigus et foudroie l'appartement. Les vases de cristal tremblent dans le salon, et les fenêtres oscillent dangereusement.
Tout ce vacarme réveille le chat. Il ouvre un oeil, puis deux, et ajuste ses pupilles à la lumière du jour. Il baille, fait la moue, puis se lève pâteusement. Il sort ses griffes, s'étire, puis va jeter un regard indiscret dans la cuisine. L'homme et la femme n'ont pas fini, ils hurlent toujours, sans se soucier de lui. Puis l'homme gifle la femme qui s'effondre comme une marionnette sur le carrelage. Elle commence à pleurer, et ça calme l'autre tout de suite. Il s'agenouille auprès d'elle et commence à bafouiller des excuses. Cela ennuie le chat ; il s'en va.
Tiens, dans leur précipitation à se foutre en l'air, ils ont oublié de fermer le velux. Il grimpe lestement sur l'armoire de belle-maman, passe sa tête au dehors ; il hume un instant l'air des toits, essaye de repérer une odeur familière ; mais rien de félin dans le coin. Il sort quand même. Il se fraie un chemin depuis la gouttière jusqu'au haut du toit, puis s'assoit un moment sur les tuiles, petit Napoléon sur sa pyramide. Il domine toute la ville, peut voir tous les grands immeubles qui piétinent la colline. Mais surtout, il sent. Il sent l'humain qui se promène dans ses rues pleines de gasoil, la sueur lui collant au corps ; les effluves d'excréments et d'urine dans le caniveau ; et les bons croissants de la boulangère.
Le chat descend des toits par un chemin connu de lui seul, et quelques-uns de ses copains ; il saute de toit en toit, se raccroche aux balcons, et se retrouve dans la cour de l'immeuble. Deux enfants passent et le regardent un peut trop attentivement ; il se méfie et commence à s'éloigner. A peine est-il parti qu'il entend l'appel terrible " Minou ! " ; il l'a manqué de quelques secondes, cette fois-ci. Il faut être prudent avec les humains. Il débarque dans la rue, sur le trottoir gris et enfumé ; les passants ne font même pas attention à lui. Ils doivent penser qu'il est un chat errant, et c'est vrai qu'il a refusé de porter un collier, mais c'est une question d'esthétique. De toute façon, cela ne l'atteint guère. Il traverse la rue sans regarder, se faufile habilement entre les bolides qui passent, sans se presser ; et il arrive devant la vitrine de la boulangère. L'odeur de pain qui sort de là éclipse toutes les autres ; mais le chat ne s'y trompe pas, s'il rentre à l'intérieur, il se fera chasser à coups de balai. En plus, un rideau de fer coupe la vitrine en deux ; on doit être dimanche. Le chat passe dans la ruelle juste à côté, là où les poubelle s'entassent sans que jamais personne ne prenne la peine de les ramasser. Dans ce coin-là, il y a tout plein d'odeurs agréables qui lui chatouillent les moustaches ; mais ce n'est pas ça qu'il cherche. La porte de derrière n'est jamais bien fermée ; d'un coup de patte, il l'entrouvre et entre comme un voleur ans le couloir. Là, plus personne ne le voit ; ce matin, ils dorment tous. Il pique un croissant qui traînait là, et se dépêche de le grignoter tant qu'il peut, juste assez pour que personne ne s'en rende compte. Puis il continue sa promenade dans le couloir, l'air de rien. Il compte les portes du bout de la patte ; pas la première, c'est la où dort la boulangère ; pas la deuxième, ça descend à la cave ; mais la troisième est parfaite pour lui. Il gratte très doucement le bois de la porte, puis attend, sûr de lui. Et effectivement, on lui ouvre, et il entre dans la chambre, tranquille. La jeune fille qui est là est la seule qu'il daigne approcher. Elle le prend doucement dans ses bras, puis le pose sur ses genoux, sur le lit. Elle a une peau de satin, qui sent bon la pêche ; il rétracte ses griffes et se laisse caresser. Il s'oublie un peu sous ses mains de fées, et en profite pour digérer son croissant. Mais la fée n'a pas que ça à faire, à l'en croire ; elle le dépose bientôt doucement sur la couette, puis quitte la chambre, sans un mot. Alors le chat se lève, s'étire encore, miaule un peu, puis sort par la fenêtre. Il escalade un peu les gouttières et les fenêtres, et se retrouve de nouveau sur les toits. D'ici, c'est facile, il suffit de suivre les odeurs qu'il a laissé tout à l'heure. Il se dandine tranquillement entre les cheminées, queue en l'air, reniflant les nuages. Puis il s'arrête d'un coup, et saute dans le vide, côté cour. Il se rattrape sur le balcon, quelques mètres plus bas, et de là, finit son travail d'équilibriste en se glissant dans le vasistas, juste en dessous. Il atterrit sur le canapé, sans même abîmer l'armoire à vaisselle, et se pelotonne là, l'air de rien. Il entrouvre un oeil, et guette ; et en effet, il ne s'est pas trompé. L'homme et la femme sont repartis dans leur chambre, profiter un peu plus du dimanche matin. Il entend les draps qui se froissent, et sent d'ici l'odeur des corps qui s'échangent. Il baille.
C'est toujours la même chose le dimanche.

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Pour Ninon a écrit:
From: "aimee valin"
Date: Fri, 12 May 2006 13:24:47 +0200
Subject: Re: [Chats-pixellaires] Le du dimanche (Kikool)

Beau texte, si bien écrit ! Tout exprime, mine de rien, la philosophie tranquille du chat, son détachement superbe ...

Je n'ai pas pu accéder au site dont l'intitulé est si bien trouvé et drôle :
le bon bonze au caramel mou !
( miam miam , mais mes dents n'en veulent plus )

chatmitié
n i n o n



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