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LE GRAND CHEMIN
C'est un grand chemin bordé de pierres ; il est un peu boueux par endroits, mais ça ne se voit pas en été. Celui qui marche dessus ne connait pas son nom, et à vrai dire, il ne sait même pas pourquoi il est là. Mais qu'importe, il marche, et ses vêtements élimés le suivent à la trace. Il est seul sur la route, et fredonne un petit air qui lui trotte dans la tête depuis des années. Et pour la première fois, une silhouette apparait à l'horizon.
C'est assez curieux ; il semble bien que ce soit la première fois qu'il voit quelqu'un d'autre. En plus, cet homme lui rappelle vaguement quelqu'un, enfoui très profondément dans ses souvenirs.
"- Bonjour.
- Bonjour ! Euh... excusez-moi mais ça m'intrigue, que faites vous ainsi au bord de la route ?
- Je ne sais pas ; vous que faites-vous sur le chemin ?
- Oui, évidemment... Et bien, si vous n'avez rien à faire, pourquoi ne feriz-vous pas un bout de chemin avec moi ?
- Pourquoi pas?"
Et les voilà repartis. Ils marchent sur le chemin, sans savoir où ils vont, ni pourquoi ils y vont ; et jamais ils ne s'écartent des sentiers battues. D'ailleurs, ça intrigue le voyageur : il n'arrive pas à marcher en dehors du chemin, où plutôt, il n'en voit pas l'utilité. Alors il continue avec son nouveau compagnon à ses côtés, le dos courbé sous l'incessante pression du soleil.
Ils sont plutôt silencieux, on dirait qu'ils ignorent chacun qu'il y a quelqu'un à côté d'eux. Et c'est peut-être le cas. Le voyageur tourne la tête malgré la chaleur, et sans ralentir sa cadence, mais il ne voit déjà plus les mains de son compagnon. C'est assez étrange, mais après tout, on voit tant de choses ici...
D'ailleurs, le paysage a changé depuis tout à l'heure. Tout est blanc, on se croirait en hiver, sauf qu'on est au printemps et que le blanc est celui du vide. Le chemin n'est plus qu'une mince bande de terre au-dessus de l'infini, et le voyageur se demande ce qu'il y a en dessous. Mais il se penche trop, et comme de bienentendu, sa tête tombe.
"C'est fâcheux, dit le compagnon. Voulez-vous la mienne en retour ? De toute façon, je ne m'en servais pas beaucoup, et puis, je crois pouvoir en trouver une autre."
Le voyageur accepte volontiers, et ils reprennent leur marche. Cette tête le gratte et le démange, il espère en trouver une autre rapidement. Heureusement, il aperçoit une grande ombre à la limite de sa vision ; il s'avère que c'est un magasin qui vend de tout, et cela tombe plutôt bien. "- Bonjour, dit le voyageur.
- Bonjour, répond le magasin.
- Nous souhaiterions une tête, je vous prie, mais un autre modèle que la mienne, car celle-ci gratte trop.
- Mais très certainement, Monsieur."
La nouvelle tête du voyaugeur ressemble presque à l'ancienne, c'en est assez confondant. Le compagnon reprend sa tête, et les deux hommes auraient pu continuer leur voyage, mais le magasin bloque la route.
"- Excusez-moi, mon cher, mais il me semble que vous bloquez la route.
- C'est exprès, il faut que je vous pose une énigme.
- Ah ? Bien, allez-y, dit le compagnon, bien content d'avoir retrouvé son occiput.
- Eh bien, quel est l'animal qui marche à quatre pattes le matin, à trois pattes le midi, et à trois également le soir ?
- Mais c'est l'homme, bien entendu, répond le compagnon. Oedipe l'aut fait avant vous.
- Je suis désolé, mon cher, répond le magasin, mais ce n'est pas la bonne réponse. Je vais devoir vous projeter dans le vide, vous ne m'en voulez pas, j'espère ?
- Non, pas le moindre du monde, enfin ! Entre gens de bonne compagnie..."
Et comme pour faire un ultime pied de nez au magsin, il saute dans le vide. On ne voit rapidement plus rien de lui, mais cependant, son chapeau reste à la surface. Agacé, le magasin l'abat d'un revers de main.
"- Et vous, avez-vous la réponse ?
- Eh bien, il me semble que c'est un homme qui a perdu la jambe à la guerre, en marchant sur une mine, certainement.
- Bien vu ! Laissez-moi vous féliciter", dit le magasin avant de s'envoler et disparaitre.
Le voyageur esquisse un petit sourire d'orgueil, puis continue prestement son chemin. Le chapeau couine sur le bord du chemin, car il est encore vivant, aussi le voyageur compatissant le met-il sur sa tête avant de continuer. Le soleil est déjà un peu moins fort, et puis le couvre-chef est d'excellente compagnie, car il connait d'innombrables anecdotes sur tout et sur rien.
Enfin, le bout de la course se profile. Le chemin s'arrête, et seul un buisson d'un âge assea avancé couvre l'espace restant.
"- Excusez-moi, dit le voyageur, mais puis-je passer ? J'ai un voyage à faire et il ne faut pas me mettre en retard.
- Je veux bien, moi, dit le buisson avec une voix chevrotante, mais dans ce cas, il faut me laisser votre chapeau, et vos vêtements qui vous suivent depuis tout à l'heure.
- Fort bien ; de toute façon, le chapeau n'était pas à moi."
Alors le voyageur continue sa route, maintenant que le buisson s'est écarté, et il se réjouit de n'avoir plus qu'à tomber, ce qui est moins fatiguant que de marcher. Peut-être, avec un peu de chance, il retrouvera son compagnon sans mains ; il a tellement envie de lui dire qu'il a enfin trouvé à qui il ressemblait : à lui-même.
(merci à Boris Vian)

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nico a écrit:
j aimerai bien faire connaissance si tu a envie fantom.nlk sur hotmail.com a bientot j'espert.



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